Newsletter 31 – Le handicap : une diversité modèle ?

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Les Paralympiens ont fait gagner l’entreprise France
On ambitionnait 35 médailles, ils en ont ramené 54 dont 11 titres ! En matière d’objectifs plus qu’atteints et de dépassement de soi – valeurs phares du management – , les sportifs paralympiques nous ont éblouis. Dès lors on s’explique mal pourquoi tant d’entreprises de plus de 20 salariés ne respectent pas leur obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH) à hauteur de 6 % de leur personnel. Ce faisant, elles se mettent deux fois à l’amende : d’abord en payant la contribution qui sanctionne leur non-respect de la loi ; ensuite en se privant de collaborateurs particulièrement exercés à relever les défis et à surmonter les obstacles. Une partie de la réponse réside peut-être dans l’intitulé obsolète de cette obligation, qui parle de « travailleurs handicapés » là où les intéressés demandent qu’on les désigne comme des « personnes en situation de handicap », ce qui change tout : on ne peut réduire qui que ce soit à cette seule particularité qu’est son handicap, une diversité parmi tant d’autres et au moins aussi enrichissante que les autres pour tout collectif inclusif.

L’entreprise s’honorerait de relayer le devoir national fixé en 1975
L’emploi de personnes en situation de handicap fait plus que dynamiser l’entreprise : elle lui offre l’opportunité d’assumer une de ses responsabilités sociétales, celle de faire évoluer positivement les mentalités et de construire un monde vraiment partagé, notamment en matière de mobilité pour tous. En couvrant les jeux paralympiques 2020 qui – covid oblige – se sont déroulés en ce mois de septembre 2021 à Tokyo, les chaînes de la télévision publique nous ont entraînés à mieux voir la personne derrière son handicap. Tous les corps, y compris ceux qui ne sont pas comme les autres, se sont avérés être des corps de sport et les Paralympiens se sont révélés de formidables compétiteurs. Bien sûr, qu’on soit en situation de handicap ou valide, n’est pas champion qui veut. Cela ne justifie aucunement que l’embauche soit deux fois plus inaccessible pour les uns que pour les autres et que 80 % des chefs d’entreprise se disent y être rétifs.

L’entreprise et le sport ont un cap commun : concourir et gagner
Dans le cadre du « Pacte de confiance » conçu par l’État pour faciliter les reconversions de carrière des sportifs de haut niveau, Malakoff Médéric s’est engagée en 2017 à financer 10 champions, dans son cas tous paralympiques. Bien des entreprises pourraient bénéficier de soutenir des handisportifs jusqu’à les intégrer dans leurs rangs, d’autant que ceux-ci, moins soutenus par les sponsors que leur homologues valides, doivent donc mener parallèlement deux combats, celui de la compétition (souvent avec des frais d’équipement ou de prothèses particulièrement élevés) et celui de l’emploi. Ainsi qu’en témoigne la série de Portraits de champions paralympiques produite par France 2 avant les jeux et fort justement appelée Incassable, les qualités dont ils font montre sont exemplaires : goût du défi, résilience face aux épreuves, dépassement de soi, adaptabilité, persévérance et tenace confiance dans le possible aboutissement de leurs efforts. Leurs performances individuelles ont toute chance d’être contagieuses et de favoriser la cohésion et le dynamisme des équipes, tout en promouvant l’image valorisante de leur entreprise solidaire.

Lever le tabou pour admettre qu’un valide puisse devenir handicapé
Les jeux paralympiques ont également inclus des personnes en situation de handicap mental, particulièrement ignorés par l’entreprise, alors que leur force de travail pourrait très bien lui être profitable. Des collaborateurs peuvent d’ailleurs passer de valides à handicapés, par exemple après un burn-out qui a entamé leurs capacités de mémorisation et de concentration. Pour que leur place puisse être redéfinie, il faudrait d’abord qu’ils puissent faire état leur handicap sans se heurter à un tabou. Cela suppose également qu’on exige du management de savoir relativiser la performance désormais attendue et de s’engager dans un accompagnement personnalisé.

Changeons notre regard sur la différence de l’autre et, pour ne plus invalider son talent, créditons-le de se distinguer d’abord par sa performance ! Que devienne la règle l’exception que constitue un Jamel Debbouze, toujours salué pour ses prouesses d’humoriste et de comédien (y compris dans des rôles de valide), sans que jamais personne se souvienne qu’il a un bras définitivement inerte.

Pour aller plus loin…

Rapport 2019-2020 de l’IGAS “Handicaps et emploi”
Comment favoriser l’emploi de quelque 6 millions de personnes en situation de handicap ? Le défi est d’importance à l’heure où la population active avance en âge, où 1 Français sur 5 présente une maladie chronique évolutive et où l’activité professionnelle est impliquée dans près de 60 % des situations de handicap.
Ce rapport de l’IGAS présente un riche ensemble de matériaux au fort contenu humain : plus de 2 200 entretiens, témoignages et histoires de vies, recueillis dans 36 départements dans le cadre de 15 missions en rapport avec le sujet du handicap et de l’emploi menées au cours des sept dernières années.

 

 

handisportLes Jeux paralympiques servent-ils la cause du handicap ? – 28 Minutes – ARTE – Bing video

Retrouvez Sandrine Martinet, porte drapeau de l’équipe de France handisport qui intervient dans le cadre de l’émission 28 minutes diffusée sur Arte début septembre.

 

Incassable. Série de Douze portraits d’athlètes paralympiques réalisée par Djamel Mazi pour France 2 :

Sandrine Martinet (judo), Mathieu Bosredon (handbike), Sonia Heckel (boccia), Laurent Chardard (nage), Nelia Barbosa (kayak), Stéphane Oudet (tennis), Gloria Agblemagnon (lancer du poids), Dimitri Pavadé (saut en longueur), Gwladys Lemoussu (triathlon), Hakim Arezki (cécifoot), Marie-Amélie Lefur (saut en longueur)

Visionner les 12 portraits d’athlètes paralympiques sur France TV